Formule 1 · Dossier

L’année de Red Bull sans Horner : ce que Mekies a vraiment changé — et ce qu’il n’a pas changé

Il y a un an, Red Bull limogeait le seul patron d’équipe qu’il ait jamais connu. Laurent Mekies a hérité de la sidération, conservé la structure, et fait maintenant face au problème exact qui a défini la dernière année de son prédécesseur : garder Max Verstappen.

Par Audryk Chesse — 6 juillet 2026

Le 9 juillet 2025, la dynastie la plus durable de la Formule 1 a pris fin lors d’une réunion matinale du personnel. Christian Horner — le seul directeur d’équipe qu’ait jamais eu Red Bull Racing, architecte de huit titres Pilotes et de six titres Constructeurs sur deux époques de domination — a été limogé après plus de vingt ans, aboutissement d’une longue bataille politique qui couvait depuis la mort de Dietrich Mateschitz en 2022 et avait débordé à travers un éprouvant scandale de comportement, des départs retentissants et des difficultés croissantes en piste. Laurent Mekies a été arraché à Racing Bulls en ayant à peine le temps de souffler. Un an plus tard, dans une interview anniversaire exclusive accordée à The Race, le Français livre son récit le plus franc à ce jour de ce qu’il a trouvé, de ce qu’il a changé — et de la raison pour laquelle la partie la plus dure du poste ressemble étonnamment à celle qui a englouti son prédécesseur.

Le choc dans lequel il est entré

Mekies est désarmant d’honnêteté sur l’état de l’équipe dont il a hérité. Le limogeage a pris de court l’usine autant que le paddock, et sa première tâche n’était ni technique ni stratégique — elle était psychologique.

« C’était inattendu pour l’équipe, évidemment inattendu pour moi. Je ne vais pas mentir. Quand quelqu’un que vous connaissez dirige une entreprise, comme Christian l’a fait pendant 20 ans, c’est un gros choc pour les gens. » — Laurent Mekies, directeur d’équipe Red Bull

Ce qui a désamorcé la situation, selon lui, c’est une concentration commune et très simple : « Les gens voulaient ramener la voiture à [un niveau où Red Bull peut] gagner, c’est la seule chose qui les intéressait. » Le changement de direction qui aurait pu fracturer un effectif de 1,000 personnes s’est au contraire canalisé dans le redressement de fin 2025, qui a vu Verstappen pousser McLaren jusqu’au bout de la saison — un revirement dont Mekies a au moins en partie été crédité, grâce à une approche en piste plus tournée vers l’ingénierie que Verstappen lui-même a saluée dès le début : « Il pose constamment les bonnes questions, à moi mais aussi à l’équipe. »

La révolution qui n’est jamais venue

Le trait le plus frappant de l’ère Mekies, douze mois après, est le peu qu’il a démoli. Le limogeage de Horner découlait de la volonté de la maison mère autrichienne de Red Bull que les choses soient gérées différemment — une organisation plus resserrée, plutôt qu’une figure détenant le contrôle total de Milton Keynes — mais la direction opérationnelle de l’équipe est restée en grande partie ce qu’elle aurait été sous l’ancien régime.

« Je n’ai jamais eu le sentiment de devoir défaire les choses. La priorité, c’était surtout de se mettre à la place de quelqu’un d’autre. Comment rencontrer les gens et se faire sa propre idée le plus vite possible ? » — Laurent Mekies, directeur d’équipe Red Bull

Sa conclusion après cet exercice d’écoute a été que peu de choses étaient cassées : les talents étaient en place, aucun département n’avait besoin d’une chirurgie urgente, et son travail était de donner à « ce qu’il y a de meilleur au monde dans leur métier » tout ce dont ils avaient besoin pour performer. C’est une réhabilitation discrète de l’héritage structurel de Horner — même le projet interne Red Bull Powertrains, qui définit aujourd’hui le destin 2026 de l’équipe, était après tout une idée de l’ancien patron.

Un an après : le bilan

  • Red Bull reste sans victoire en 2026, la RB22 étant en deçà de là où Verstappen l’exige.
  • Le « syndrome du second baquet » est guéri : Isack Hadjar s’épanouit aux côtés de Verstappen là où une série de prédécesseurs ont échoué.
  • Le programme d’unité de puissance de première année et une nouvelle soufflerie à Milton Keynes sont les « piliers de la force future » de Mekies.
  • L’avenir de Verstappen reste la question dominante — exactement comme dans les derniers mois de Horner.

Les problèmes qui dépassent le patron

Si l’anniversaire invite à un verdict, le verdict honnête est incomplet. La RB22 n’a pas été la plateforme que Red Bull espérait ; l’équipe est sans victoire en 2026, la clause de sortie de Verstappen plane sur l’été, et les deux dernières semaines ont accumulé les défaillances d’aileron arrière, un mystère moteur et une frustration ouverte des pilotes. Mekies ne prétend pas le contraire — « Red Bull est-il là où Mekies veut qu’il soit ? Certainement pas » est la formule franche —, mais il refuse l’abri évident qui consisterait à invoquer une année de transition ou un moteur à ses débuts.

« Nous ne sommes pas une équipe qui se réfugie derrière des excuses, donc personne ne le fait. Pierre ne le fait pas, Ben ne le fait pas. Aucun de nos collaborateurs ne le fait, alors je ne vais pas le faire non plus. » — Laurent Mekies, à propos des responsables techniques Pierre Wache et Ben Hodgkinson

Son argumentaire d’optimisme est structurel plutôt que rhétorique : un programme d’unité de puissance qui « se développera pour devenir un avantage supplémentaire » après avoir survécu à sa première année, et une nouvelle soufflerie qui corrige la plus ancienne faiblesse d’infrastructure de l’équipe. « Ce sont les piliers de la force future de l’équipe, insiste-t-il. Nous n’y voyons absolument pas une excuse pour le présent. »

La seule vraie victoire, et le seul chantier inachevé

Ironie du sort, l’amélioration la plus nette de l’ère post-Horner est celle qui affectait le plus visiblement l’ancien régime. Après des années de pilotes broyés aux côtés de Verstappen, Isack Hadjar a fait du second baquet le sien — un podium à Monaco (perdu ensuite à cause d’un remaniement de pénalités), un bilan de qualifications étonnant proche de la première ligne, et à Silverstone un week-end où il a nettement surclassé son coéquipier quadruple champion du monde. Que ce soit l’œuvre de Mekies, le grand égalisateur des nouveaux règlements ou simplement la solidité mentale de Hadjar est discutable ; que cela soit arrivé sous sa direction ne l’est pas.

Reste le chantier inachevé — le même que celui que Horner a porté dans son dernier été. La clause de performance de Verstappen est sur le point de s’activer, sa patience s’effrite publiquement, et sa rencontre avec Zak Brown de McLaren reste le sujet favori du paddock. Un an après la bombe, l’homme aux commandes a changé, la structure a à peine bougé, et la question déterminante de Red Bull est intacte : construire une voiture digne de Max Verstappen, ou voir l’ère s’achever pour de bon. Comme Horner lui-même pourrait en témoigner, cette fiche de poste survit à celui qui l’occupe.

  • Horner est parti avec huit titres pilotes, six titres constructeurs et l’intégralité des 124 victoires de Red Bull jusqu’alors, sous sa direction.
  • La carrière de Mekies en F1 a débuté en 2001 chez le motoriste Asiatech, avant de passer par Minardi, Toro Rosso, la FIA et Ferrari.
  • Horner a depuis été associé à un retour comme actionnaire, notamment autour de la participation minoritaire d’Alpine.
  • La prochaine échéance de Red Bull arrive tout de suite : Spa, du 17 au 19 juillet, avec la décision sur l’aileron « Macarena » toujours en suspens.

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